Une plongée dans la vie quotidienne sous le totalitarisme nazi ; on pense à 1984 d'Orwell et à sa "novlangue" (le "newspeak").
LA LANGUE NE MENT PAS - FILM TIRE DU JOURNAL ÉCRIT SOUS LE III ÈME REICH PAR V.KLEMPERER
Le film de Stan
Neumann "La langue ne ment pas" se fonde sur les journaux qu’a tenus le philologue juif allemand Victor Klemperer entre 1933 et 1945. Cette activité clandestine obstinée qui fut "le balancier
auquel il se tenait", le gage de sa liberté intérieure, a produit un témoignage exceptionnel sur les conditions de vie des juifs de Dresde sous le IIIe Reich. Mais avant d’être un chroniqueur,
Klemperer était un savant. Pour résister à l’hitlérisme qui faisait de lui un paria et limitait progressivement toute son existence, il décida de s’attaquer avec ses propres armes à "la manière
dont cela se manifeste et agit". Il recueillit dans ses notes les matériaux d’une recherche pionnière, portant sur l’unique objet d’étude qui lui soit resté accessible : "LTI, Lingua Tertii
Imperii, la langue du IIIe Reich." En analysant la langue nazie dans toutes ses manifestations (discours, journaux, livres ou brochures, conversations), en étudiant sa structure et son mode de
propagation, il mit en évidence le pouvoir qu’ont les mots de "penser à la place" de qui les emploie et plus encore, d’agir sur les consciences, de contaminer les esprits. À l’aide d’archives
sonores, visuelles ou imprimées, l’essai filmique de Stan Neumann immerge le spectateur dans cette "sauce brune" qu’est la LTI. (par Estette sur Dailymotion)
Ce
documentaire (dégotté par Ritoyenne - merci à lui, une fois de plus!) prend place dans "le cas Heidegger" car l'analyse du langage nazi par Klemperer rappelle celles que l'on trouve
implicitement dans les cours de Heidegger à la même époque. On comprend en se remettant dans le contexte pourquoi les étudiants de ce dernier ont tous témoigné de sa résistance au nazisme, au
point que parfois ils en étaient effrayés et rentraient la tête dans les épaules (voir Heidegger
contre le nazisme). Nous ne nous en rendons plus compte car il faut pour cela se mettre dans l'atmosphère totalitaire,
dont les gens ont souvent du mal à se représenter la folie et l'horreur - comme le montrent ceux qui s'indignent de ce que les Allemands n'aient pas davantage résisté à Hitler,
affichant par là leur ignorance de ce qu'est le totalitarisme. Il faut lire pour cela 1984 d'Orwell (avec Bigbrother, le "Grand frère", l'ami qui vous veut du
bien). C'est une telle immersion que permet aussi le documentaire suivant. Klemperer explique que l'oppression mentale totalitaire est faite de "piqures de moustiques et non de grands coups
sur la tête". De même la résistance de Heidegger n'était pas faite d' (impossibles) coups d'éclats, mais répondait au jour le jour, in medias res à la propagande nazie en en
reprenant parfois le vocabulaire (ce qui a causé des quiproquos - dont le plus grand est le livre d'E.Faye - après la guerre, mais certainement pas à l'époque comme en témoignent avec
force les étudiants). Les cours de Heidegger peuvent ainsi être lus comme des actes de résistance à la récupération des notions philosophiques par la langue nazie, au mélange "de Novalis et de
Barnum" comme dit Klemperer. Sous un régime totalitaire la résistance de la parole et de la pensée est vitale.
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