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Céline nazi ?
Céline était-il sérieux ou ironique dans ses pamphlets antisémites ?
La France avait produit un antisémite exceptionnel, qui avait compris toute la puissance et toutes les possibilités de la nouvelle arme. Le fait que cet homme ait été un romancier de valeur est caractéristique de la situation particulière de la France, où l’antisémitisme n’avait pas été socialement et intellectuellement discrédité comme dans les autres pays d’Europe.
La thèse de Louis-Ferdinand Céline était simple, ingénieuse, et elle avait juste ce qu’il fallait d’imagination idéologique pour compléter l’antisémitisme plus rationaliste des Français. Selon Céline, les Juifs avaient empêché l’unité politique de l’Europe, provoqué toutes les guerres européennes depuis 843 et tramé la ruine de la France et de l’Allemagne en suscitant leur hostilité mutuelle. Céline avança cette abracadabrante explication de l’histoire dans l’Ecole des cadavres, ouvrage écrit au temps des accords de Munich (1938), et publié pendant les premiers mois de la guerre. Un pamphlet publié précédemment sur le même sujet, Bagatelles pour un massacre ne donnait pas encore cette nouvelle clé de l’histoire européenne, mais était déjà remarquablement moderne. Céline n’établissait pas de distinction entre Juifs nationaux et étrangers, entre bons et mauvais Juifs : il ne se souciait pas de proposer des lois compliquées (l’une des caractéristiques de l’antisémitisme français) : il allait droit un but et réclamait le massacre de tous les Juifs.
Le premier livre de Céline reçut un accueil très favorable de la part des principaux intellectuels français, en partie assez satisfaits de cette attaque contre les Juifs, et en partie convaincus que ce n’était qu’une nouvelle et intéressante fantaisie littéraire (André Gide dans « Les Juifs, Céline et Maritain », pense que Céline, en décrivant seulement la « spécialité » juive, est parvenu à peindre non pas la réalité mais la véritable hallucination que la réalité provoque). Pour exactement les mêmes raisons, les fascistes français ne prirent pas Céline au sérieux, même si les nazis eux, le considérèrent toujours comme le seul véritable antisémite français.
Arendt, Sur l'antisémitisme, Point-Seuil p.85
Au début en tout cas, écrire des pamphlets pour Céline était clairement un jeu. Ce qui l’indique, c'est l'absurdité évidente et affichée des propos tenus, autrement dit leur ironie. Un bon exemple de l’ironie célinienne est un article de 1928 sur le travail à la chaîne en Amérique. Résumé de l’article sur Wikipédia - remplacez Henry Ford par Adolf Hitler et vous obtenez les Bagatelles pour un massacre :
", Céline vante les méthodes de l'industriel américain Henry Ford, méthodes consistant à embaucher de préférence « les ouvriers tarés physiquement et mentalement » et que Céline appelle aussi « les déchus de l'existence ». Cette sorte d'ouvriers, remarque Céline, « dépourvus de sens critique et même de vanité élémentaire », forme « une main d'œuvre stable et qui se résigne mieux qu'une autre. » Céline déplore qu'il n'existe rien encore de semblable en Europe, "sous des prétextes plus ou moins traditionnels, littéraires, toujours futiles et pratiquement désastreux".
Dans le deuxième article, publié en novembre 1928, Céline propose de créer des médecins-policiers d'entreprise, « vaste police médicale et sanitaire » chargée de convaincre les ouvriers « que la plupart des malades peuvent travailler » et que « l'assuré doit travailler le plus possible avec le moins d'interruption possible pour cause de maladie. » Il s'agit, affirme Céline, « d'une entreprise patiente de correction et de rectification intellectuelle » tout à fait réalisable pourtant car « le public ne demande pas à comprendre, il demande à croire. »
Céline conclut sans équivoque : « l'intérêt populaire ? C'est une substance bien infidèle, impulsive et vague. Nous y renonçons volontiers. Ce qui nous paraît beaucoup plus sérieux, c'est l'intérêt patronal et son intérêt économique, point sentimental. »
On peut toutefois s'interroger sur la correspondance entre ces écrits et les réels sentiments de Céline, sur le degré d'ironie de ces commentaires "médicaux" (ou sur une éventuelle évolution), car, quelques années plus tard, plusieurs passages de Voyage au bout de la nuit dénonceront clairement l'inhumanité du système capitaliste en général et fordiste en particulier."
source : wikipedia
En lisant les extraits de ces articles évidemment ironiques sur le travail à la chaîne, on ne peut
s’empêcher de penser à la vision nazi de la société, surtout avec l’expression de « médecins-policiers ». L’assimilation de la police à une entreprise médicale au sens sanitaire du
terme est en effet l’invention la plus caractéristique du nazisme. La politique (la polis) y est faite suivant des critères biologiques (Hitler choisissait les candidats SS sur photographie -
s’il avait eu l’ADN !). Céline est le prophète de notre temps.
Céline opère en fait une descente en flammes de son époque (la nôtre donc), qu’il vomit. Il maniait exprès l'ironie jusqu'à l'absurde pour choquer les bien-pensant, les philistins du temps -
ironie dont l’« humoriste » Pierre Desproges semble s’être inspiré, à moindre échelle cependant, c’est dire. (En littérature on peut peut-être faire remonter ce style froid et
dévastateur à Flaubert.)
Bagatelles pour un massacre, texte écoeurant d'antisémitisme, serait donc à lire sur le même ton : grotesque. C'est en tout cas en ce sens que le texte est reçu avant la guerre :
« La critique reçoit avec le pamphlet de Céline une vaste et sinistre plaisanterie qu'il est impossible de prendre au sérieux. Ainsi, André Gide, dans un article intitulé "Les juifs, Céline et Maritain" publié dans les colonnes de la NRF (n°295, 1er avril 1938), considère Bagatelles pour un massacre trop grotesque pour pouvoir être pris au sérieux. De nombreux articles de presse vont dans ce sens, s'interrogeant en même temps sur les motivations réelles de Céline. Cela prouve que l'humour présent dans le pamphlet contredit de manière claire la force et la virulence du propos antisémite. »
(source : ibid. Wikipédia)
Quel est donc le but de cet horrible pamphlet ? Quelle en est la cible ? Sont-ce vraiment les Juifs ? P.Laine émet des doutes à ce sujet (merci à John pour cette citation transmise avec d'autres dans les commentaires) :
"La lecture des pamphlets laisse une curieuse impression : le Juif décrit par Céline est un personnage inconsistant, et les excès de langage et la dérision détruisent singulièrement la portée de l’objectif supposé de l’écrivain. D’abord tout le monde est juif dans les pamphlets, le Pape comme le comte de Paris, Maurras et même les autonomistes bretons !"
(Pierre Laine, "CÉLINE, Qui suis-je ?" éd. Pardès, 2005 p80-83)
Quant à Hannah Arendt, il s'agirait selon elle pour Céline de faire tomber le masque à une société hypocrite à l'égard des Juifs :
"André Gide se dit publiquement ravi dans les pages de la N.R.F., non qu’il voulut tuer les Juifs de France, mais parce qu’il appréciait l’aveu brutal d’un tel désir, ainsi que la contradiction fascinante entre la brutalité de Céline et la politesse hypocrite dont tous les milieux respectables entouraient la question juive. Le désir de démasquer l’hypocrisie était irrésistible parmi l’élite : on peut en juger en voyant qu’un tel plaisir ne pouvait même pas être gâté par la très réelle persécution des Juifs par Hitler, laquelle était en plein essor au moment où Céline écrivait. Pourtant, cette réaction était due à l’aversion pour le philosémitisme des libéraux, bien plus qu’à la haine des Juifs."
H.Arendt, Le système totalitaire
Points-Seuil p.59
Céline jouerait en quelque sorte le rôle de bouffon du roi. Avec cynisme, il dit : voilà ce que vous pensez vraiment sans l'avouer avec votre absurde philosémitisme.
Je dis ce que vous n'osez pas dire, pour vous mettre le nez dans votre bêtise, pour montrer jusqu'où peut aller ce siècle dans le ridicule.
Par ses pamphlets grotesques, Céline décrit ainsi ce qui à ses yeux caractérise notre époque : le ridicule. Mais à quel moment s’est-il pris à son propre jeu, au point d’y tomber à son
tour ? Pourquoi avoir encouragé la bêtise ?
Etrangement, face à l’humanité, qu’il conchie, Céline n’est pas vraiment choqué : il est plutôt dégoûté. Au lieu de s’indigner, de critiquer, il se contente de raconter de façon désabusée
les imbécillités qu’il voit autour de lui. « La guerre ? Une imbécillité. » disait-il sommairement (voir plus bas l'interview Céline). C’est là tout le Voyage au bout de la nuit - qui n’est pas une condamnation de la guerre, mais une pure description. Le pacifisme relève pour Céline du simple bon sens, mais
si on tient vraiment à être des imbéciles... Le moins que l’on puisse dire, c’est que Céline n’est pas un humaniste ! Il n'aimait personne, ni les juifs, ni les chrétiens, ni les allemands,
ni les français, ni les noirs, ni les blancs etc.
Politiquement cependant, tout en revendiquant son anarchisme, il resta un homme de gauche (Céline était un paradoxe vivant, un monstre, image de son époque). Il crut que le NSDAP était
vraiment un parti socialiste, et, pacifiste, se méprit sur Hitler avant la guerre en prenant pour argent comptant - lui le grand ironiste ! - les vibrants appels de celui-ci à la paix en
Europe (lire Quand Hitler était pacifiste ). C'est
que Hitler n'était pas ironiste : pour cela il faut avoir un sens critique. Il parlait toujours au premier degré, même quand il mentait. Penser ou non ce qu'il disait n'avait aucune importance
pour lui : le niveau de conscience était le même dans les deux cas (cette névrose a-t-elle un nom?).
Céline voua ensuite une haine terrible au maréchal Pétain, qu’il connaissait déjà depuis la première guerre, et en fit sa tête de turc - ce qui n'empêcha pas qu'il soit mis par De Gaulle sur la
liste des collaborateurs et même par certaines institutions juives sur celle des criminels nazis, tant ses positions durant la guerre restèrent (délibérément?) ambiguës. Néanmoins ses proches
témoignent qu'il n'aurait jamais soutenu le régime de Vichy.
Céline manifestement désirait choquer. Mais comme le remarque Hannah Arendt, son petit jeu malsain fut un échec, car les bien pensant applaudirent au lieu de protester. Il est sans
doute l'écrivain qui mérite le mieux le titre de "désespéré du XXe siècle", selon l'expression de celle-ci (voir Heidegger, Céline, Kantorowicz... - Les intellectuels et le nazisme
(2)).
DOCUMENTS
Ecoutez un enregistrement de Céline essayant de se justifier. Grandiose et pathétique :
Entretiens avec Céline
Les autres interviews sur : Tout
Céline
Un documentaire : "L-F.Céline, un diamant noir
comme l'enfer" (doc)
("Un siècle d'écrivains" 1998)
De nombreux extraits édifiants des pamphlets ont été publiés dans les commentaires par John.
Pour ceux qui voudraient vraiment tout savoir, et qui sont dotés d'un solide sens critique en même temps que d'un coeur bien accroché, nous proposons le texte des Bagatelles pour un massacre et autres pamphlets (qui ne sont pas ce que Céline a écrit de mieux, de l'aveu même de celui-ci)
à télécharger au fomat PDF, sur demande à paris4philo@gmail.com - merci à Seb de nous l'avoir aimablement communiqué.
Pamphlet : Céline répond à Sartre, "L'agité du
bocal"
voir aussi :
- L'antisémitisme en France (par H.Arendt)
- L'antisémitisme, insulte au sens commun
(genèse) par Arendt
- Hitler vu par ses contemporains : article du site d'histoire
"Hérodote".
- La rhinocérite : Ionesco et la question du mal
, par exemple pour reprendre une phrase (je cite de mémoire) de Bauman, que pour qu'aparrraissent horreurs du nazisme le racisme ne suffisait pas (ça n'avaitr rine de nouveau!) mais il y fallait cette tendancetypique du MODERNISME, de vouloir maitriser à 100% la société, de vouloir gére et controler tout, quand cette tendance ne rencontre rien qui puisse l'arrêter.
C'est un thème que j'ai plusieurs fois abordé dans mon blog, et qu'on trouve, pour ma part je trouve clairement dans, par exemple le texte du blog "Nanochevik, sur "La Telibanisme et la Singapourisation"
http://nanochevik.blogspot.com/2006/10/la-singapourrisation-et-le-talibanisme.html
Et bien sûr ici apparait nettement la nature essentiellement "hygiéniste" du nazisme (ile chose qu'il ne faut jamais oublier c'est ça A COMMENCE par l'euthanasie des fous et hadicapés: http://www.interdits.net/2001dec/surdite2.htm
Longtemps on a cherché à se rassurer en présentant, d'une manière assez surréaliste (intellectuellement c'est puéril, comment si longtemps ne s'en est-on pas apperçu?) le nazisme comme une espèce de météore diabolique tombé du ciel, une "bête immonde" sortie par magie de l'Enfer, sans penser que forcément tout ça devait être l'aboutissement d'un siècle et demi de pratique coloniale (comme l'a montre Sven Lindqvist) et d'autres tendances lourdes de NOS sociétés et de la psychologie.
Oui, hélas! le fascisme (dont le nazisme) n'était pas du tout une parenthèse hors-norme dans l'histoire contemporaine (et d'ailleurs si c'était le cas comment l'expliquer?!) mais le premier à-coup, brutal et "maladroit" (comme disent les Public-Relations) d'une tendance lourde de nos sociétés modernes ......
Outre les livres sur l'obéissance "administrative" analysée par Zygmunt Bauman ("Modernité et Holaucauste") et "Un si fragile vernis d'humanité" de Terestchenko, une autre piste de compréhension (et d'alerte!) doit être le fait constant que les horreurs pratiquées sur les humains l'ont toujours dans un premier temps pratiquées sur les animaux "Auschwitz commence partout où quelqu'un regarde un abattoir et pense: "ce ne sont que des bêtes" (Théodore Adorno).
si vous voulez vous pouvez aussi aller lire le débat avec J.Dutant sur cette question :
http://www.paris4philo.org/article-10504198-6.html#anchorComment
"Ce fait est d’autant plus marquant quela France avait produit un antisémite exceptionnel, qui avait compris toute la puissance et toutes les possibilités de la nouvelle arme. Le fait que cet homme ait été un romancier de valeur est caractéristique de la situation particulière de la France , où l’antisémitisme n’avait pas été socialement et intellectuellement discrédité comme dans les autres pays d’Europe.
La thèse de Louis-Ferdinand Céline était simple, ingénieuse, et elle avait juste ce qu’il fallait d’imagination idéologique pour compléter l’antisémitisme plus rationaliste des Français. Selon Céline, les Juifs avaient empêché l’unité politique de l’Europe, provoqué toutes les guerres européennes depuis 843 et tramé la ruine dela France et de l’Allemagne en suscitant leur hostilité mutuelle. Céline avança cette abracadabrante explication de l’histoire dans l’Ecole des cadavres, ouvrage écrit au temps des accords de Munich (1938), et publié pendant les premiers mois de la guerre. Un pamphlet publié précédemment sur le même sujet, Bagatelles pour un massacre ne donnait pas encore cette nouvelle clé de l’histoire européenne, mais était déjà remarquablement moderne. Céline n’établissait pas de distinction entre Juifs nationaux et étrangers, entre bons et mauvais Juifs : il ne se souciait pas de proposer des lois compliquées (l’une des caractéristiques de l’antisémitisme français) : il allait droit un but et réclamait le massacre de tous les Juifs.
Le premier livre de Céline reçut un accueil très favorable de la part des principaux intellectuels français, en partie assez satisfaits de cette attaque contre les Juifs, et en partie convaincus que ce n’était qu’une nouvelle et intéressante fantaisie littéraire (André Gide dans « Les Juifs, Céline et Maritain », pense que Céline, en décrivant seulement la « spécialité » juive, est parvenu à peindre non pas la réalité mais la véritable hallucination que la réalité provoque). Pour exactement les mêmes raisons, les fascistes français ne prirent pas Céline au sérieux, même si les nazis eux, le considérèrent toujours comme le seul véritable antisémite français."je prépare un article sur l'étrange tradition antisémite spécifique à la France.
Je trouve que l'argument principal que vous employez pour exonérer Céline d'antisémitisme est assez faible. Comment ! Il suffirait d'avoir publié un jour un article ironique pour que tout ce qu'on publie ensuite ne soit qu'une farce ?
Les deux articles publiés par Céline dans une revue médicale sont bien sûr ironiques. Mais de là à imaginer qu'il a dénoncé le nazisme longtemps à l'avance comme un justicier et un prophète, parce qu'il parle de médecins-policiers au détour d'une phrase ; de là à prétendre qu'il n'a jamais adhéré au nazisme ; de là à prétendre qu'il n'a réclamé l'extermination des juifs que pour enquiquiner les bourgeois en révélant leurs vraies pensées, il y a un gouffre, un précipice, un abîme à mon avis infranchissable.
D'abord, pourquoi chercher à tout prix à disculper Céline ? Il était peut-être antisémite, et alors ? Il a payé, il est mort, on ne va pas gloser sur sa moralité pendant des lustres non plus.
Ensuite, les pamphlets relèvent évidemment du registre grotesque. Mais ils ne faut pas confondre l'humour grotesque et l'ironie. Flaubert a montré sous un jour grotesque la vie adultérine d'Emma Bovary : est-ce à dire qu'il n'a entrepris son livre que pour promouvoir l'amour conjugal ?
Enfin, Céline déclare à plusieurs reprises, dans des entretiens accordés à la radio notamment, qu'il n'est pas une putain mais une "femme du monde" et qu'il s'est donné gratuitement à l'occupant nazi : autrement dit il a écrit ses pamphlets pour son bon plaisir, non pour de l'argent comme l'a prétendu Sartre. Vous pensez bien que s'il voulait se justifier après-guerre il aurait dit tout de go : "Je plaisantais, etc." alors qu'il ne cesse de justifier son antisémitisme et de réclamer qu'on lui prouve que les Juifs n'ont pas déclenché la seconde guerre mondiale !!
On sait aussi qu'il était anarchiste de droite, et que de nombreux anarchistes dans son genre ont adhéré à l'idéologie nazie. Le juif incarne le riche propriétaire qui contrôle l'appareil d'Etat bourgeois, pour Céline ; il est le démon par excellence, la puissance malfaisante qui domine le monde. Il y a indubitablement chez Céline une fusion du racisme social et du racisme biologique (le patron esclavagiste est forcément juif, voyez Van Bagaden dans le livret du même nom), et une association par conséquent entre l'exploitation des classes ouvrières dans les usines et l'extermination sur les champs de bataille des masses aryennes. Cette idéologie est trop récurrente dans les pamphlets pour être l'effet d'un esprit comique. Céline ne veut pas ridiculiser les bourgeois en renchérissant sur leur antisémitisme : il veut leur peau, purement et simplement, il veut qu'on "bouffe du juif" qu'on venge les millions d'aryens qui sont morts à la guerre par la faute de ces sorciers juifs.
Enfin, l'aversion du juif est d'autant plus sérieuse et plus importante dans l'oeuvre de Céline que le juif symbolise la chair lourde et visqueuse du monde, et figure au fond l'idéal opposé à celui de la danseuse qui tourbillonne et s'élève dans les cieux avec toute la légereté de son corps musculeux. Ce manichéisme est présent dès le Voyage au bout de la Nuit où l'on voit d'ailleurs apparaître toutes les bêtes immondes qui serviront plus tard à caractériser le juif (hyène, sangsue, etc.) comme si c'était le diable Juif que Céline avait trouvé au fond de la nuit universelle.
N'oublions pas non plus que Céline est pacifiste et qu'il estime que le juif est la cause de toutes les guerres ; un holocauste s'impose donc pour lui. C'est la guerre finale, qui doit empêcher de nouvelles guerres à l'avenir ; le génocide c'est la Der des Ders, pour le cuirassier Céline qui a combattu dans les Flandres et qui se souvient des carnages.
Par conséquent, si Céline n'est pas antisémite, il n'est pas non plus pacifiste, ce qui me semble difficile à croire.
"Comment ! Il suffirait d'avoir publié un jour un article ironique pour que tout ce qu'on publie ensuite ne soit qu'une farce ?"
L'ironie se retrouve partout dans ses livres, non? Faire l'hypothèse qu'elle serait aussi dans les pamphlets n'a donc rien d'arbitraire. Leur côté franchement grotesque et ridicule permet de le supposer.
"Les deux articles publiés par Céline dans une revue médicale sont bien sûr ironiques. Mais de là à imaginer qu'il a dénoncé le nazisme longtemps à l'avance comme un justicier et un prophète, parce qu'il parle de médecins-policiers au détour d'une phrase ; de là à prétendre qu'il n'a jamais adhéré au nazisme ; de là à prétendre qu'il n'a réclamé l'extermination des juifs que pour enquiquiner les bourgeois en révélant leurs vraies pensées, il y a un gouffre, un précipice, un abîme à mon avis infranchissable."
Cette thèse est celle de Arendt, pas la mienne, et elle me surprend tout autant que vous, je ne fais que la rapporter. C'est son autorité qu'il faut contester. Ou ses arguments.
Quant aux articles médicaux sur les "médecins policiers", je ne dis pas évidemment que Céline aurait prévu le nazisme (d'ailleurs il n'a jamais su ce que c'était vraiment que le nazisme, malheureusement...), mais juste qu'il a senti avec une incroyable précision un danger de son époque : l'eugénisme. c'est tout. "Prophète" est un peu exagéré, certes, mais il a tout de même anticipé à la fois l'eugénisme nazi et l'holocauste. ça fait peur !
D'abord, pourquoi chercher à tout prix à disculper Céline ? Il était peut-être antisémite, et alors ? Il a payé, il est mort, on ne va pas gloser sur sa moralité pendant des lustres non plus.
Ah, mais parce que personnellement, et c'est pour cela que j'ai essayé non pas de disculper mais de comprendre Céline, je ne peux concilier admiration pour un écrivain et dégoût pour l'homme qu'il était. Un antisémite ou un nazi est un c..., donc je ne lis pas les écrivains antisémites ou nazis. Je suis radical sur ce point. Et puis il y a aussi la devise de Arendt : "ich will verstehen", et non cracher sur les gens (présomption d'innocence).
"Ensuite, les pamphlets relèvent évidemment du registre grotesque. Mais ils ne faut pas confondre l'humour grotesque et l'ironie. Flaubert a montré sous un jour grotesque la vie adultérine d'Emma Bovary : est-ce à dire qu'il n'a entrepris son livre que pour promouvoir l'amour conjugal ? "
vous avez raison. c'est une interprétation de passer du grotesque à l'ironie, basée sur les articles médicaux de Céline. mon interprétation est que Céline a fini par vivre dans l'ironie en permanence. mais c'est invivable : s'il n'y a plus de décalage (flagrant encore dans les articles médicaux) alors il n'y a plus d'ironie non plus ! ses interviews sont fascinantes à ce point de vue : on se demande en permanence s'il est sérieux ou s'il se moque de nous.
"Enfin, Céline déclare à plusieurs reprises, dans des entretiens accordés à la radio notamment, qu'il n'est pas une putain mais une "femme du monde" et qu'il s'est donné gratuitement à l'occupant nazi : autrement dit il a écrit ses pamphlets pour son bon plaisir, non pour de l'argent comme l'a prétendu Sartre. Vous pensez bien que s'il voulait se justifier après-guerre il aurait dit tout de go : "Je plaisantais, etc." alors qu'il ne cesse de justifier son antisémitisme et de réclamer qu'on lui prouve que les Juifs n'ont pas déclenché la seconde guerre mondiale !! "
vous avez encore raison : on a du mal à suivre Céline ! mais qu'il soit un mauvais avocat pour lui-même ne nous dispense pas de chercher à comprendre. je pense que Céline a sans doute été traumatisé par 14-18 : d'abord il n'a jamais compris qui était vraiment Hitler i.e. pas un pacifiste comme lui, contrairement à ce que la propagande laissait croire, et il s'est inventé des responsables pour expliquer l'enfer du XXe siècle : les "juifs", nom qui dans sa bouche désigne en fait une nébuleuse de comploteurs bourgeois bellicistes. C'est ce que vous expliquez vous-même :
"On sait aussi qu'il était anarchiste de droite, et que de nombreux anarchistes dans son genre ont adhéré à l'idéologie nazie. Le juif incarne le riche propriétaire qui contrôle l'appareil d'Etat bourgeois, pour Céline ; il est le démon par excellence, la puissance malfaisante qui domine le monde. Il y a indubitablement chez Céline une fusion du racisme social et du racisme biologique (le patron esclavagiste est forcément juif, voyez Van Bagaden dans le livret du même nom), et une association par conséquent entre l'exploitation des classes ouvrières dans les usines et l'extermination sur les champs de bataille des masses aryennes. Cette idéologie est trop récurrente dans les pamphlets pour être l'effet d'un esprit comique. Céline ne veut pas ridiculiser les bourgeois en renchérissant sur leur antisémitisme : il veut leur peau, purement et simplement, il veut qu'on "bouffe du juif" qu'on venge les millions d'aryens qui sont morts à la guerre par la faute de ces sorciers juifs."
C'est tout autant des bourgeois que des juifs que Céline "veut la peau". Cité plus haut par John (merci à lui), "Céline qui suis-je?" :
"la lecture des pamphlets laisse une curieuse impression : le Juif décrit par Céline est un personnage inconsistant, et les excès de langage et la dérision détruisent singulièrement la portée de l’objectif supposé de l’écrivain. D’abord tout le monde est juif dans les pamphlets, le Pape comme le comte de Paris, Maurras et même les autonomismes bretons ! » (p80-83)
De deux choses l'une, ou bien Céline est un abruti fini et un fou furieux pire que Hitler, ou bien il ne parle pas du même juif que nous.je pense qu'il assimile juif et bourgeois.
vous faites d'ailleurs une desciption du bourgeois. :
"le juif symbolise la chair lourde et visqueuse du monde"
C'est un "antisémitisme symbolique", au second degré donc. Nous sommes d'accord. Les nazis eux n'ont jamais été antisémites symboliques. Que Céline ait déliré voire dérapé, nul doute, mais je suis contre l'assimilation Céline=nazi. c'est faux.
anarchiste de droite? anticommuniste, certes, mais antibourgeois avant tout. lisez svp le texte de Arendt dans : Heidegger, Céline, Kantorowicz... - Les intellectuels et le nazisme (2)
Céline est bien une sorte d'"antisémite", il le revendique lui-même, mais pas au sens strict du terme. il s'est inventé son propre antisémitisme, que vous avez raison de rapprocher de son pacifisme, ce qui tempère tout de même la chose. les nazis eux n'étaient pas plus pacifistes que socialistes, contrairement à ce que croyait Céline : voir Hitler menteur (Heidegger et Mein Kampf).
Mais encore une fois il ne s'agit pas de justifier Céline, juste de comprendre ce qui a bien pu lui passer par la tête (or sa tête est beaucoup plus complexe que la nôtre).
Au risque de me répéter, la thèse de l'ironie célinienne est intéressante mais elle n'est pas correctement argumentée. Seule l'analyse des pamphlets peut permettre de confirmer ou d'infirmer une pareille thèse. Pour l'instant, l'unique argument avancé n'est qu'une extrapolation : Céline plaisantait les médecins du travail dans une revue médicale, donc il plaisantait aussi l'antisémitisme des bourgeois français dans ses pamphlets. Avouez que c'est un peu léger.
"Vous avez raison. c'est une interprétation de passer du grotesque à l'ironie, basée sur les articles médicaux de Céline. mon interprétation est que Céline a fini par vivre dans l'ironie en permanence. mais c'est invivable : s'il n'y a plus de décalage (flagrant encore dans les articles médicaux) alors il n'y a plus d'ironie non plus ! "
Franchement, je faisais à peu près la même interprétation que vous il y a quelque temps ; mais je me suis aperçu (peut-être à tort?) qu'elle était intenable et qu'elle asséchait le sens des pamphlets céliniens.
Vous avouez vous-même que la thèse de l'ironie absolue débouche sur une aporie et même une pure contradiction : Céline est tellement ironique qu'il cesse de l'être. C'est en gros ce que vous dites, non ? Mais s'il n'est pas ironique dans ses pamphlets, pourquoi soutenir qu'il l'est tout en disant le contraire ?
Il y a bien sûr un antisémitisme symbolique chez Céline, un partage de la terre et de l'humanité entre le monde féérique des hommes (et surtout des femmes) et le pays diabolique de la viande humaine. L'aversion pour le Juif cristallise tout un faisceau de représentations politiques, de projections infantiles, de fantasmes d'ordre scatologiques et sexuels ; c'est pourquoi Céline traite de juifs des personnes qui ne sont pas Juives par la religion ou par le sang reçu. Le juif c'est simplement la personnification suprême du mal qu'est la matière dévoratrice, c'est la graisse pure et simple de l'organisme, c'est la chair humaine qui se nourrit d'autres chairs et d'autres hommes (voyez par exemple comment le marchand juif Van Claben se goinfre d'or dans Guignol's band et comment on le tue ensuite à coups de pieds pour lui faire dégorger toute sa richesse). Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet.
Mais ce n'est pas parce que l'antisémitisme de Céline a une valeur symbolique (voire métaphysique) qu'il n'a pas de réalité et qu'il n'émane pas d'un antisémitisme primaire. C'est assez extravagant d'imaginer que Céline n'avait plus de haine pour les juifs une fois qu'il avait laissé sa plume, et refermé son manuscrit plein d'imprécations et d'appels aux meurtres ! Ou l'encre de son stylo avait-elle la curieuse faculté de répandre un fluide impalpable dans son cerveau qui le rendait antisémite sitôt qu'il écrivait ?
Vous citez Pierre Laine, que je n'ai pas eu le plaisir de lire, et qui ridiculise dans son livre l'antisémitisme de Céline :
"En effet, la lecture des pamphlets laisse une curieuse impression : le Juif décrit par Céline est un personnage inconsistant, et les excès de langage et la dérision détruisent singulièrement la portée de l’objectif supposé de l’écrivain. D’abord tout le monde est juif dans les pamphlets, le Pape comme le comte de Paris, Maurras et même les autonomismes bretons ! »
C'est incontestablement drôle si on présente les pamphlets de cette manière. Mais quel est le mécanisme de la pensée célinienne en vérité ? Pourquoi les autonomistes bretons sont-ils juifs ?
C'est bien simple : ils ont été enjuivés. Si encore les Juifs restaient sagement à l'écart dans leurs ghettos ! Mais ils corrompent les aryens ! Ils contrôlent les médias avec lesquels ils endoctrinent le peuple ! Ils font des réclames publicitaires pour leurs firmes et leurs industries, et ils font ainsi aimer aux aryens la pure matière, l'or et les marchandises, et suscitent régulièrement des guerres civiles aryennes pour réduire le nombre d'aryens ; et les aryens s'entretuent alors, comble de l'horreur pour Céline, parce qu'ils veulent sauver du pillage leurs frigidaires, leurs postes de radio et leurs bicyclettes ! Ces aryens obsédés par le confort, par la jouissance matérielle sont devenus au fond des juifs ; ils sont enjuivés, voyez la récurrence de ce qualificatif "enjuivés" dans les pamphlets.
D'ailleurs le juif n'est pas un personnage "inconsistant" et anonyme contrairement à ce que prétend M.Lainé : d'une part Céline donne des noms, désigne des hommes à abattre, d'autre part il attribue à ces individus une épaisseur mythique, un ensemble d'attributs vicieux qui sont confirmés par des faits fantasmagoriques.
"De deux choses l'une, ou bien Céline est un abruti fini et un fou furieux pire que Hitler, ou bien il ne parle pas du même juif que nous.je pense qu'il assimile juif et bourgeois."
C'est une assimilation propre au nazisme. Remarquez que Céline assimile comme les nazis le juif au bolchevik également. Cela n'empêche pas que la curée concernera tous les juifs sans exception, et les aryens enjuivés (bourgeois, petit-bourgeois, bolcheviks). D'ailleurs je ne comprends pas l'argument : ce serait donc moins grave de vouloir massacrer les bourgeois que d'étriper les juifs ?
Enfin, pourquoi exclure d'emblée l'hypothèse de la folie ?? Céline a lu Freud et il a sciemment puisé dans ses pulsions et dans ses fantasmes pour écrire ses romans, d'où les scènes scatologiques à profusion par exemple, les fantasmes de sodomie, les délires, en un mot la féérie qui caractérise son oeuvre selon ses propres dires. Autrement dit il a inventé le registre de la féérie qui comprend naturellement ses fées et ses sorciers (les juifs).
Le dérèglement intellectuel de Céline me semble comparable à celui dont parle Rousseau dans ses Dialogues, voire à celui immortalisé par Don Quichotte. L'auteur (ou le lecteur) finit par confondre le monde avec ses romans.
Enfin il y a un témoignage d'Otto Abetz je crois, d'après lequel Céline serait monté sur une table devant une assemblée de convives nazis et, portant deux doigts sous son nez pour simuler la moustache de Hitler, aurait fait une diatribe antisémite si abjecte que même les S.S. présents auraient été choqués. Je n'appelle pas ça de l'humour ni de l'insolence mais une sorte de délire.
Il paraît que Céline avait les yeux exorbités à faire peur et tenait des propos délirants lorsqu'on l'accostait, alors qu'il traversait l'Allemagne pour gagner le Danemark. Il faudrait retrouver la trace de ce témoignage dont j'ai oublié l'auteur.
En tout cas merci de mettre en ligne toutes ces archives de l'INA.
"Le dérèglement intellectuel de Céline me semble comparable à celui dont parle Rousseau dans ses Dialogues, voire à celui immortalisé par Don Quichotte. L'auteur (ou le lecteur) finit par confondre le monde avec ses romans."
c'est une possibilité, mais la folie est une explication trop rapide. Celle de Arendt dans l'autre article (l'antibourgeois extrême) me satisfait davantage : quand vous décrivez ce qu'est l'"enjuivement" on pense vraiment davantage à l'embourgeoisement qu'à autre chose ! Vouloir massacrer les bourgeois n'a rien de nazi et est tout à fait dans le ton de l'époque romantique-bohème post-XIXe siècle. Céline c'est ça en trash.
L'anecdote que vous racontez si elle est vraie est sensationnelle : Céline effrayait les SS en parodiant Hitler ! avouez que c'est un comble. les fascistes français ne prenaient pas, eux, Céline au sérieux. il y a quelque chose qui cloche, c'est tout ce que je voulais faire remarquer.
Partons du principe indiscutable que Céline accuse une catégorie de l'humanité de contrôler, de pervertir, de souiller et de manigancer la destruction du reste des hommes.
Qu'il appelle ces créatures malfaisantes accusées de tous les maux, des juifs ou des bourgeois, que pour lui les bourgeois soient des juifs ou les juifs des bourgeois, c'est au fond du pareil au même puisque les individus de confession juive, ou d'origine juive et qui n'ont pas la qualité de bourgeois seront mis à mort. On peut vouloir tuer le bourgeois et massacrer les juifs en même temps : ce n'est pas incompatible du tout, Staline en a apporté la preuve.
A vous lire, j'ai l'impression que vous vous obstinez à disculper Céline parce que vous n'aurez plus le courage de le lire si vous avez la certitude qu'il était nazi. Mais le nazisme n'est pas une maladie contagieuse !
D'ailleurs, je ne comprends plus votre interprétation : Céline ironise-t-il en désignant les juifs à la vindicte populaire, ou parle-t-il sérieusement d'étriper le bourgeois qui se cache d'après vos dernières remarques derrière le juif ? Ou demande-t-il ironiquement de tuer le bourgeois, qu'il confond avec le juif pour faire le bel esprit et s'amuser un peu ?
Céline est adepte de la théorie raciale. La situation économique, sociale, politique n'est pour lui que le produit de la situation raciale. Le Juif, si vous voulez, est une substance maléfique congénitale, un fluide diabolique destructeur de l'âme humaine, que les individus d'origine ou de confession juive se transmettent de génération en génération et qu'ils inoculent également aux aryens, d'où l'amour des richesses et la médiocrité des désirs et de la vie en général.
A chaque race son principe de vie. Le juif est fait pour fonder des empires et domestiquer l'aryen. Il a un corps sans âme, il n'est rien que de la chair engluée dans la masse terrestre (voyez la description du cadavre de Courtial DesPereires, qui se suicide au milieu d'une route, à la fin de Mort à Crédit). L'aryen, comme le français, a une âme poétique, musicale, délirante, qui ne demande qu'à se dissoudre non dans la boue et la poussière mais parmi les eaux du ciel. La féerie finale des Beaux Draps exprime stricto sensu cette idée : la musique des sphères emporte une vieille femme de la banlieue parisienne dans l'au-delà. "Nul d'entre eux, de ces ladres à croûte [les juifs] ne se dissiperait gentiment... à vogue et musique enchanteresse... telle cette personne ma cliente..." Bref, l'âme aryenne si elle est assez évoluée (et c'est le cas de l'âme parfaite de Céline bien sûr) peut entrer au communication avec l'au-delà et avoir des hallucinations sonores ou visuelles (tel Bardamu voyant défiler des fantômes au-dessus de Montmartre).
Si l'âme aryenne était annihilée c'est-à-dire possédée par le démon juif, elle est après la guerre menacée par les asiatiques, d'après Céline qui ne cessera de le répéter dans sa trilogie allemande et dans les entretiens qu'il accordera à lui-même et aux journalistes.
La théorie raciale occupe donc une place importante dans l'oeuvre de Céline. La théorie sociale, économique est beaucoup plus discrète. C'est d'abord la race (juive ou jaune) que mentionne Céline quand il parle de l'ennemi.
Au demeurant, le triomphe sur les forces juives doit non seulement être de nature guerrière mais de nature culturelle. Céline prétend exprimer par son style la quintessence de l'âme française, qui est une forme nationale de l'âme aryenne. "Que sens-je ? Ce n'est rien... c'est un même petit ton, un sourire de gaieté, tintante à la source, toute furtive espiègle aux mousses, filante au gué... o bonheur de qui l'admire, l'écoute et se tait ! [...] C'est la précieuse magie qui monte du sol et des hommes qui sont nés de là." L'âme nationale a une petite musique intérieure que le devin Céline s'efforce de restituer et de réhabiliter.
Si Céline n'était pas antisémite mais voulait simplement se fendre la poire, pourquoi a-t-il assisté régulièrement à des conférences sur les juifs pendant l'occupation ? Pour rire des sottises qu'on y proférait ? C'est franchement invraisemblable.
Si Céline n'était pas antisémite mais antibourgeois, pourquoi a-t-il adhéré au nazisme ? Il lui suffisait de rester communiste ! Mais le nazisme a l'avantage de faire coincider le nationalisme et le communisme, et de substituer la solidarité raciale à la solidarité économique. Par exemple, il ne peut y avoir de bourgeois c'est à dire d'oppresseur dans l'utopie nazie puisque chacun doit être solidaire des autres membres de sa race par une sorte d'instinct.
Quant à Hannah Arendt, je serais franchement étonné qu'elle ait lu un seul pamphlet de Céline.
Je suis aussi étonné de ne lire aucune citation des pamphlets dans un article consacré aux pamphlets. C'est pourtant le texte original et non la glose d'Arendt ou de Gide qui doivent étayer la démonstration.
Il y a une parenté certaine chez Céline entre son style, son éloge de la folie créatrice et son nazisme.
Je conseille la thèse de Régis Tattamanzi, Esthétique de l'outrance. Idéologie et stylistique dans les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline.
Quant à l'anecdote montrant Céline épouvantant les nazis eux-mêmes, je vous communiquerai la source si cela vous intéresse vraiment.
Je n'imagine pas avoir entièrement raison, bien entendu. Je vous reproche simplement de vouloir dédouaner Céline à tout prix et de n'avoir qu'un raisonnement vraisemblable à défaut d'avoir des arguments véridiques. La thèse de la pure ironie est insoutenable.
Il y a toujours de l'ironie chez Céline, mais cette ironie n'explique pas son antisémitisme. On peut être un génie et un pauvre con. Au demeurant, il ne faut pas se focaliser sur l'antisémitisme de Céline ; j'ai l'intuition, mais je me trompe peut-être, qu'on peut élucider son antisémitisme en analysant d'autres aspects de son oeuvre, comme le style. Pour indication, Céline a pondu un petit article intitulé : L'argot vient de la haine ( Carnets de l'Herne, in L'agité du bocal ). Et qu'est-ce qu'il écrit ? "L'argot est fait pour exprimer les sentiments vrais de la misère.[...] L'argot est fait pour permettre à l'ouvrier de dire à son patron qu'il déteste : tu vis bien et moi mal, tu m'exploites et roules dans une grosse voiture, je vais te crever..."
Oui, Céline est un homme plein de haine et de ressentiment et il utilise l'argot parce que c'est la langue la plus appropriée pour exprimer la haine.
"Je n'imagine pas avoir entièrement raison, bien entendu." On en est tous là ! C'est incompréhensible : Céline défend ardemment des thèses qu'il contribue en même temps à ridiculiser comme personne. C'est un fait. Les gens de l'époque n'y ont pas cru, pas même les fascistes.
S'il n'y a pas de citations des pamphlets ici (il y en a sur wikipédia) c'est parce qu'isolées elles sont écoeurantes à faire peur, alors que dans les textes il y en a tant qu'à la fin on a plutôt envie de rire tellement ça devient grotesque (alors que Mein Kampf ne produit pas du tout cet effet là, au contraire).
Croyait-il à ces absurdités ou était-il ironique? Les deux à la fois? On ne sait que répondre. Cela suffit pour moi à jeter un doute en sa faveur.
"Si Céline n'était pas antisémite mais antibourgeois, pourquoi a-t-il adhéré au nazisme ? Il lui suffisait de rester communiste ! Mais le nazisme a l'avantage de faire coincider le nationalisme et le communisme, et de substituer la solidarité raciale à la solidarité économique."
Les nazis ont en effet réussi à se faire passer pour le contraire exact de ce qu'ils étaient : pour des socialistes et des nationalistes, des socialistes non-bolchevicks c'est-à-dire non internationalistes. Or le nazisme n'est pas moins à vocation internationale que le bolchevisme : par son antisémitisme il se vouait par avance à "utiliser les méthodes" de ses ennemis, les Sages de Sion, et à se moquer des frontières. Les nazis n'étaient pas germanistes, au contraire même, Hitler méprisait son peuple. En fait au sens strict on ne peut pas être nazi et nationaliste en même temps.
Ajoutons qu'être nationaliste n'a rien d'infâmant en soi. En Allemagne particulièrement, vu l'éclatemet du pays, les mouvements nationalistes et germanistes étaient progressistes.
Ben justement ! je crois bien que c’est Pierre Laine lors de son passage sur Radio Courtoisie pour son livre sur Céline (cité ci-dessus) avait rapporté cette anecdote de je ne sais plus quel grand professeur de grandes écoles (Science Po, etc.) qui de temps en temps lisait certains des passages particulièrement « antisémites » de Bagatelle lors d’un cours… Résultat… A la fin, applaudissements générales !....
dans L’École des Cadavres (1938), p71, p77-82, p115, p199-204 :
« Ils existeront bientôt plus les Français, ce sera pas une très grande perte, des hurluberlus si futiles, si dégueulassement inflammables pour n’importe quelle connerie.
Nous disparaîtrons corps et âme de ce territoire comme les Gaulois, ces fols héros, nos grands dubonnards aïeux en futilité, les pires cocus du christianisme. Ils nous ont pas laissé vingt mots de leur propre langue. De nous, si le mot “merde” subsiste ça sera bien joli. » (p71)
« Dans nos démocraties larbines, ça n’existe plus les chefs patriotes. En lieu et place c’est des effrontés imposteurs tambourineurs prometteurs “d’avantages”, de petites et grandes jouissances, des maquereaux “d’avantages”. Ils hypnotisent la horde des “désirants”, aspirants effrénés, bulleux “d’avantages”. […] N’ont en France jamais réussi que les traîtres, [les escrocs,] les saltimbanques, et les donneurs [et les voleurs]. Peuple creux. […]
De notre petite vie personnelle, de notre vie nationale, les politiques se branlent effroyablement. C’est le cadet de leur souci. Inutile de dire ! Ils se doutent même pas que ça existe ! […] Notre petite vie personnelle leur est bien égal, à plus forte raison notre existence collective. Je parle pas de la race, ils se pouffent ! Pas la moindre place nous tenons dans l’esprit entreprenant de nos patriotes à tout faire. » (p77-82)
« Moi, je m’en fous énormément qu’on dise Ferdinand il est fol, il sait plus, il débloque la vache, il a bu, son bagout vraiment nous écoeure, il a plus un mot de raisonnable !
Quand vous prendrez sur l’avant-scène les joyeuses bombonnes d’ypérite, d’arsine, qu’on s’apprête à vous déverser, vous me direz si c’est raison ? Si le ciel vraiment vous estime à votre judicieuse valeur ? Quand on viendra vous dépecer, vous épurer individuellement par dissections à vif des membres… » (p115)
« To be or not to be Aryen ? That is the question ! Et pas autre chose ! […] L’Aryen doit s’extirper de son métissage dégueulasse ou disparaître et pas de façon pépère, tout simplement, doucettement, gentiment… Non ! Á coups de supplices ! de tortures infiniment variées ! guerres ! démences trè horribles, nécroses ravageantes, terrifiantes, convulsions incoercibles, abominables puanteurs. Des vraies fins vertes de cancéreux. » (p203-204) **
** + = dans Rigodon (1961), p305-306 :
« Demain tenez vous m’en direz des nouvelles !... de ces marmites écumantes à tous les carrefours… pour qui ? pour qui ?... pour vous, pardi ! lentement à bouillir, avec cris de saison… [Par rapport à tous ces cons d’aujourd’hui qui jugent après coup] le petit détail qui me froisse un peu, où je tique, c’est la galanterie… ç’aurait été là par exemple qu’Hitler gagnant, il s’en est fallu d’un poil, vous verriez je vous le dis l’heure actuelle qu’ils auraient tous été pour lui… à qui qu’aurait pendu le plus de juifs, qui qu’aurait été le plus nazi… sorti la boyasse à Churchill, promené le cœur arraché de Roosevelt, fait le plus l’amour avec Goering… ça tourne tout d’un côté, d’un autre, ils se précipitent, s’en foutent sur quel membre ils tombent, le principal qu’ils soient mis à fond… oh qu’ils prennent la petite à Adolf, je vous dis, s’en est fallu d’un poil !... »
+ dans Nord (1960), p295 et p378 :
« La terrible catastrophe des goyes c’est qu’ils sont si ahuris, cartésiens bêlants, que ce qu’est pas bien entendu, admis, bien conforme… existe tout simplement pas !... que ce qu’est entendu [ou bien dit, confirmé, répété, martelé, par les médias] qui comptes !... » (p295)
« « Tout finira par la canaille »… Nietzsche l’avait déjà prévu… et que nous y voilà !... Ministres, Satrapes, Dien-Pen-Hu partout ! fuites et caleçons roses !... » (p378)
+ dans Rigodon (1961), p18, p39, p228-229, p136, p288, p294-295, p308, p258 :
« Comprenez, condamnés à mort ! tous les sangs des races de couleurs sont “dominants”, jaune, rouge ou parme… le sang des blancs est “dominé”… toujours ! les enfants des belles unions mixtes seront jaunes, noirs, rouges, jamais blancs, jamais plus blancs !... » (p18)
« L’Europe [blanche] est morte à Stalingrad… le Diable a son âme ! qu’il la garde !... » (p39)
« Croyez pas que j’exagère… si je vous dis que demain la France sera toute jaune par les seuls effets des mariages, que toute la politique est conne, puisqu’elle s’occupe que des harangues et des mélis-mélos de partis, autant dire de bulles, que la seule réalité qui compte est celle qui ne se voit pas, s’entend pas, discrète, secrète, biologique, que le sang des blancs est dominé, que les blancs peuvent aller tous s’atteler, très vite, leur dernière chance… pousse-pousse ou mourir de faim… allez pas dire que j’exagère… » (p228-229)
« Seule la biologie existe, le reste est blabla !... tout le reste !... je maintiens, au « Bal des Gamètes », la grande ronde du monde, les noirs, les jaunes gagnent toujours !... les blancs sont toujours perdants, « fonds de teint », recouverts, effacé !... politiques, discours, faridoles !... qu’une vérité : biologique !... dans un demi-siècle, peut-être avant, la France sera jaune, noire sur les bords… » (p136)
« Rien à côté de ce que vous verrez… tenez par exemple, cette petite idylle entre votre femme de ménage, blanche et votre facteur, noir… sang dominé, sang dominant !... les jeux sont faits !... laissez aux somptueux chefs d’Etats le monopole du Vide, des Emphases, leurs gardes sur la bride, trompettes, fermez le ban ! j’aurais pu dire un facteur jaune, encore bien plus triomphal ! ça que nos princes ne parlent jamais, si absorbés, confondants divagants blablas… sang, blanc perdant !... et nous voici au Brésil !... Amazone !... au Turkestan !... aviation, fusées pour la Lune sont en tout et pour tout que bruits de gueule, clowneries...
Il n’y aura [bientôt] plus de blancs. » (p288)
« On verra je vous assure encore bien plus chouette… les Chinois à Brest, les blancs au pousse-pousse, pas tirés ! dans les brancards !... que toute cette Gaule et toute l’Europe, les yites avec, changent de couleur, qu’ils ont bien fait assez chiez le monde !... elle et son sang bleu, prétentieux, christianémique ! » (p294-295)
« L’important le sang !... le sang seul est sérieux ! tous « sang dominant »… n’oubliez pas !...
Je lui fais remarquez qu’à Byzance ils s’occupaient du sexe des anges [comme nous aujourd’hui du mariage des homosexuels] au moment où déjà les Turcs secouaient les remparts… foutaient le feu aux bas quartiers, comme chez nous maintenant en Algérie… » (p308)
« Bloy se plaignait terrible, il avait pas été au gnouf, ni à la guerre, précisément ce qui lui manquait, un peu comme les gens d’aujourd’hui, si baffrants, grognasseux biberons, flatulents… et notre Grand Visage Pâle dites donc ? l’immense malheureux ! qu’à ramasser les détritus des belles géantes écrabouilleries ! gangrènes, loques, mélis-mélos d’Oural, Stalingrad, Maginot… race blanche au pilon !... plus de degrés, plus rien !... Boulevard Saint-Michel à Hong Kong !... comme vous voulez !... tout jaune vous serez, vous êtes déjà, et merde ça boume !... et noirs en sus ! le blanc a jamais été que « fond de teint »…. » (p258)
+ Paul del Perugia dans Céline (éd. NEL, 1987), Chap. « Sermon sur la vigile », p499 :
« Parce que nous n’avons pas su occuper notre Espace propre, celui-ci créée comme un vide dont la mécanique nous entraînera au néant. Guerres, immigrations, c’est tout comme pour ébranler la nation. » (p499)
+ au Chap. « Avant qu’un peu de terre obtenue par prière », p618, p620 :
« Sa fureur est de prévoir que le cours du prochain siècle amènera une dégénérescence de la race blanche, dont il aime reconnaître en lui l’identité. » (p618)
« Sa vue prophétique lui faisait interdire aux autres d’engendrer : « Moi, je vais crever demain, mais les gens qui vont vivre dans 50 ans, ils aurons de la farce ! oui… 50 ans… » » (p620) **
** + dans magazine littéraire (hors-série n°4, 4ième trimestre 2002), « Mon ami Céline par Pierre Duberger » (1920-1992) :
« En l’aidant à éplucher ses pommes de terre, au sous-sol, j’entends encore sa voix et l’entendrai tant que je vivrai : « La révolution… mais nous y assistons tous les jours… la seule, la vraie révolution, c’est le facteur nègre qui saute la bonne… dans quelques générations, la France sera métissée complètement, et nos mots ne voudront plus rien dire… que ça plaise ou pas, l’homme blanc est mort à Stalingrad. » […]
L’on a souvent dit de Céline qu’il était un visionnaire : c’est le plus mauvais adjectif que l’on puisse accoler à son nom… le visionnaire a des communications surnaturelles, c’est la bergère d’esprit, ou un pape avant son trépas. Lui, avec sa tête qui dépassait, il était épouvantablement lucide, il avait diagnostiqué son époque malade et pour guérison, avait conseillé des remèdes à des sourds volontaires. […] La guerre de 1914, ce massacre forcené et imbécile entre gens de qualité, l’avait marqué à jamais. Avec un égoïsme normal et standard, il aurait vécu heureux dans l’opulence et la réussite respectée. »
« Toutes les religions à « petit Jésus », catholiques, protestantes ou juives, dans le même sac ! (…)
Il n’y a qu’une seule religion catholique, protestante ou juive… succursales de la boutique… “au petit Jésus”, qu’elles se chamaillent s’entrétripent ?... vétilles !... corridas saignantes pour badauds ! le grand boulot, le seul vrai leur profond accord… abrutir, détruire la race blanche. » (p17-18 )
(voir aussi p46-47) **
** + dans Bagatelles pour un massacre (1937), p128 :
« Il n’existe dans la nature que quelques rares espèces d’oiseaux pour se démontrer aussi peu instructifs, aussi cons, aussi faciles à duper que ces enfiotés d’Aryens… » *
* + dans Les Beaux Draps (1941), p59-60 :
« Propagée aux races viriles, aux races aryennes détestées, la religion de “Pierre et Paul” fit admirablement son œuvre, elle décatit en mendigots, en sous-hommes dès le berceau, les peuples soumis, les hordes enivrées de littérature christianique, lancées éperdues imbéciles, à la conquête du Saint Suaire, des hosties magiques, délaissant à jamais leurs [vrais] Dieux, leurs religions exaltantes, leurs Dieux de sang, leurs Dieux de race.
Ce n’est pas tout. Crime des crimes, la religion catholique fut à travers toute notre histoire, la grande proxénète, la grande métisseuse des races nobles, la grande procureuse aux pourris (avec tous les saints sacrements), l’enragée contaminatrice.
La religion catholique fondée par douze juifs aura fièrement joué tout son rôle lorsque nous aurons disparu, sous les flots de l’énorme tourbe, du géant lupanar afro-asiate qui se prépare à l’horizon.
Ainsi la triste vérité, l’aryen n’a jamais su aimer, aduler que le dieu des autres, jamais eu de religion propre, de religion blanche.
Ce qu’il adore, son cœur, sa foi, lui furent fournis de toutes pièces par ses pires ennemis.
Il est bien normal qu’il en crève, le contraire serait le miracle. »
Je proposais de citer les pamphlets non pas pour noircir une page, mais pour étayer l'argumentation. Espérons qu'un Nolife égaré sur la toile et un peu borné ne va pas découvrir ce texte avec un frisson d'horreur et avertir la police du web !
Céline était-il antisémite ? Heidegger était-il nazi ? Franchement, quel intérêt ? La Libération de la France est finie depuis belle lurette. Il y a déjà eu des purges en France, tous les Allemands ont été envoyés en camp de rééducation, et les prisonniers de guerre réduits en esclavage pendant des années, il y a eu des femmes rasées, des pendaisons, des viols collectifs au nom de la Liberté ; et quand je pense aux villes allemandes réduites en cendres par les Alliés, tandis que les camps de concentration nazis restaient intacts, je ne peux pas m'empêcher de penser que si vous cherchez encore des coupables, des gens ignobles à condamner, des livres à mettre au pilon, vous devriez vous en prendre non à ces romanciers et philosophes qui vantaient le nazisme à un public restreint, mais à tous ces responsables politiques, ces généraux, ces aides de camp qui ont laissé les juifs se faire massacrer dans des camps et qui ont ordonné de massacrer la population des villes allemandes à coups de bombes incendiaires.
Céline n'a pas été qu'un antisémite et l'histoire intellectuelle du XXe siècle ne se résume pas à la Shoah verbale.
D'ailleurs, s'il faut expurger le corpus philosophique des mauvais auteurs, ce n'est pas les auteurs xénophobes, staliniens, ou autres qu'il faut démasquer car on juge là en fonction de valeurs morales éphémères tributaires de la loi du plus fort ; mais les auteurs ineptes et fantaisistes, comme Descartes ou Hegel, Husserl ou Fichte, etc.
L'histoire de la philosophie ne devrait pas être une leçon d'humanisme, et plus généralement la philosophie ne devrait pas servir à délivrer des certificats de bonne moralité à tel ou tel auteur.
Ajoutons qu'être nationaliste n'a rien d'infâmant en soi.
Tant que le nationalisme ne dégénère pas en chauvinisme voire en révisionnisme historique (comme c'est le cas en France) et en exaltation collective, c'est sûr !
En Allemagne particulièrement, vu l'éclatemet du pays, les mouvements nationalistes et germanistes étaient progressistes.
Il est certain que l'unité nationale était encore fragile à l'époque de Hitler. Mais de là à dire qu'il n'y a pas eu de collusion d'intérêts entre les nationalistes et les nazis... que signifie progressistes, d'ailleurs ? Est-ce que le Deutsche Tageszeitung était progressiste lorsqu'il soutenait Adolf Hitler en 1932 ? Est-ce que Herr Hugenberg, chef du Parti National-Populaire Allemand ( Deutschnationale Volkspartei) et proche du Deutsche Tageszeitung, était progressiste lorsqu'il proposait à Hitler en 1929, de soutenir une proposition de loi pour interdire qu'on paye les réparations de guerre ?
Les nazis ont réussi à se faire passer pour le contraire exact de ce qu'ils étaient : pour des socialistes et des nationalistes, des socialistes non-bolchevicks c'est-à-dire non internationalistes. Or le nazisme n'est pas moins à vocation internationale que le bolchevisme : par son antisémitisme il se vouait par avance à "utiliser les méthodes" de ses ennemis, les Sages de Sion, et à se moquer des frontières.
C'est une chose d'abolir les frontières ; c'en est une autre d'étendre l'Empire jusqu'aux Carpates et à l'Oural.
Les nazis n'étaient pas germanistes, au contraire même, Hitler méprisait son peuple.
On peut être germaniste et tyran. Du reste ce ne sont pas les convictions mais les thèses seules dont on peut parler ; ou l'on pourrait aussi bien dire que Hitler était philosémite puisqu'il écoutait des musiciens juifs à la Chancellerie comme cela a été révélé récemment.
En fait au sens strict on ne peut pas être nazi et nationaliste en même temps.
Cela n'a pas empêché Hitler de bâtir sur sa popularité sur le rejet du traité de Versailles, la réoccupation de la Ruhr, l'annexion de l'Autriche sans coup férir, etc. La restauration de la puissance allemande était une politique proprement nationaliste ! Je ne sais pas d'où vous tenez vos renseignements sur le national-socialisme, mais si vous le permettez, je trouve que vous délirez complètement !
Arendt ne cesse de dire que Hitler ne fut pas un "tyran" de plus. Un tyran peut en effet être par exemple nationaliste, on peut même imaginer un "despote éclairé" comme au XVIIIe (d'où vient sans doute l'idée romantique du "Führer" récupérée par Hitler). Rien de tout cela ne permet de comprendre le totalitarisme, c'est-à-dire le mal absolu. Les nazis sont ceux qui ont collaboré à l'extermination. Les autres contemporains n'ont pas vu au-delà de la façade respectable du parti "socialiste-national" et se sont fait avoir. Mais ils n'étaient pas nazis pour autant.
"La restauration de la puissance allemande était une politique proprement nationaliste !" Bien sûr, et c'était tout à fait bienvenu. Il était injuste que l'Allemagne vaincue soit reléguée au banc des nations, injuste et dangereux pour la stabilité de l'Europe, que Clémenceau a détruite. Une Allemagne forte était nécessaire pour la paix. Hitler a joué là-dessus en faisant croire qu'il était pacifiste. Mais il n'était pas plus pacifiste que nationaliste. Voir Hitler menteur (Heidegger et Mein Kampf)
Le fait que l'administration Roosevelt ait mené une véritable propagande contre Hitler afin de faire accepter l'idée d'une guerre par les Américains tout en s'étant fait élire sur la promesse mensongère de ne pas intervenir en Europe, ce n'est un secret pour personne. Tout le monde sait ça (cf par ex. Mensonge et politique de Arendt).
Et que les USA ne soient pas entrés en guerre pour des raisons morales, ça n'étonnera que les belles âmes. Quant à la "diabolisation de Hitler", ils n'ont fait que rattraper l'aveuglement des grandes nations européennes qui lui avaient donné leur bénédiction. De toute façon ils étaient en dessous de la vérité.
Rien d'exceptionnel donc dans tout cela, qui permette du moins de réfuter l'équation nazisme = mal absolu. (mais nous sommes parfaitement d'accord là-dessus n'est-ce pas?)
On a tendance actuellement à relativiser le nazisme en voyant des nazis partout (cf. Faye). Qui empêchera un admirateur de Céline par exemple de se dire que le nazisme n'était peut-être pas si mauvais qu'on le dit? Ou un lecteur de Heidegger de se dire qu'une grande philosophie nazie existe et qu'elle est étudiée en fac comme Faye a impudemment réussi à le faire croire, réhabilitant ainsi sans le savoir le nazisme? C'est effaré par ce flou artistique autour du nazisme que j'ai écrit ces articles.
Cette idée d'un mal absolu, qui n'est qu'une resucée outrancière de la théorie kantienne du mal radical, et plus précisément l'application du concept kantien à la sphère de l'administration publique et à ses métiers, est complètement loufoque. Il s'agit d'une notion spectaculaire qui relève plus du journalisme, où l'on annonce sans cesse des évènements histooriques et forrrmidables, que d'une réelle réflexion éthique.
Je dois d'ailleurs signaler à jp qu'il confond l'évènement (la Shoah) et la notion (mal radical) :
"Le mal absolu normalement n'existe pas, c'est vrai, mais les nazis eux l'ont réalisé. C'est inouïe mais c'est un fait historique."
Avant de décerner la médaille des horreurs aux nazis, à titre posthume, attendons quelques siècles : il y aura certainement des atrocités pires que la Shoah.
"la différence c’est que le Nazisme a bénéficié (ou utilisé) des progrès apportés par la technique… La « nouveauté » réside donc surtout (voire essentiellement [c'est moi qui souligne]) dans les moyens employés"
"Arendt penser passionnément" :
"Le caractère industriel de l'anéantissement dans les camps de concentration est pour Arendt le véritable scandale : "ça n'aurait jamais dû arriver, comme j'ai coutume de dire, et je ne veux pas dire par là le nombre de victimes, je veux dire la fabrication de cadavres".
[En fait cette pensée sur les camps n'est pas de Arendt mais de Heidegger : voir Penser Auschwitz avec Heidegger.]
Cette différence que vous évoquez est un saut qualitatif : la technique, la science (le scientisme) n'a-t-elle été qu'une aide accessoire ou le fond de l'affaire?
voir la Synthèse du livre de Benno Müller-Hill "Science nazie, science de mort." : Benno Müller-Hill analyse dans son livre les conditions d'un massacre, pour lequel nous pouvons nous demander s'il s'agit de l'organisation scientifique d'un massacre ou d'un massacre pour la science.
Jamais on n'a ainsi froidement, "scientifiquement" prémédité de non pas simplement tuer des gens mais nettoyer la planête de leur présence. Tuer est encore un acte humain. Le nazisme est froid, absolument inhumain, et cette inhumanité ne s'était encore jamais vue. La haine finit par s'essouffler, mais quand on est froid comme cela, "administratif", le massacre n'a pas de raison de s'arrêter avant d'avoir broyé l'humanité entière. Hitler ne mettait pas de terme à l'épuration génétique de l'humanité.
Je dois donc préciser : la relativisation est une conséquence involontaire, non la motivation (une sorte de dommage collatéral à mon avis très dangereux).
Le fait de voir des nazis partout vient d'une volonté de se servir du caractère absolu du crime nazi pour discréditer son adversaire (qui veut tuer son chien l'accuse de la rage).
Seulement, cette tactique douteuse a pour effet involontaire 1/ de banaliser l'accusation de nazisme (un nazi devient un simple salaud) et 2/ de faire croire que des personnes de valeur auraient collaboré avec le régime, ce qui loin de discréditer ces personnes, réhabilite le nazisme en lui offrant une caution intellectuele qu'il ne pouvait évidemment pas revendiquer avant cela.
Je suis agrégé d'histoire, chercheur doctorant et j'enseigne en face de l'annexe de paris IV, c'est-à-dire au lycée Rabelais, rue Francis de Croisset. J'ajoute que je suis membre du Comité de Vigilance face aux Usages de L'Histoire(cvuh.free.fr) et donc intéressé à de multiples titres par le contenu de votre blog et par vos points de vue.
J'ai parcouru vos dossiers sur Céline et Heidegger. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils prennent partie, mais avec autant de naïveté que de mauvaise foi. Un premier exemple pour Céline: prétendre que Hanna Arendt lave Céline de tout antisémitisme, à partir des citations que vous donnez est, soit une maladresse, soit une manipulation, soit une lecture tellement rapide qu'elle en devient absurde: Hanna Arendt dit seulement que, d'après elle, le Céline des pamphlets n'a pas été pris au sérieux par les fascistes français et que l'antisémitisme de Céline a satisfait un certain nombre d'intellectuels en ce qu'il aurait été un révélateur, par exemple pour André Gide. D'une part, la première affirmation est à réexaminer sérieusement: en témoignent de nombreux textes, soit critiques, soit antisémites, qui dès la parution de l'ouvrage réagissement dans le sens contraire. Il suffit pour cela de lire entre autres les Cahiers de l'Herne consacrés à Céline qui reproduisent par exemple un article d'Emmanuel Mounier, dans Esprit, en 1938, qui entreprend de s'opposer à l'effet du pamphlet en montrant la façon dont Céline a repris et utilisé des pamphlets déjà existants. Ces mêmes cahiers de l'Herne donnent un témoignage de Lucien Rebatet, qui indique combien son pamphlet a été apprécié dans les milieux de l'antisémitisme le plus virulent" , et en particulier à Je suis partout:" C'est ainsi que j'appris l'explosion de cette bombe, "Bagatelles pour un massacre". le seul des livres de Louis-Ferdinand qui eût été acueilli dans notre petit bord avec un enthousiasme ne tolérant aucune réserve".(Cahiers de l'Herne, T1,1963, p43-44, pour Rebatet; t2, 1965, p.341-342, pour Emmanuel Mounier.)
La seconde affirmation d'Hanna Arendt ne dit pas que le texte a été pris ironiquement, mais qu'il a satisfait un certain nombre de "désirs" comme elle le dit: elle veut dire par là que le désir d'une expression non plus hypocrite de l'antisémitisme mais ouverte, a été satisfait: autrement dit, et elle parle bien d'ambiguité dans le passage qui précède votre citation, le désir qui est ainsi satisfait est aussi celui d'une pulsion antisémite qui peut enfin se dire librement. C'est bien dans ce sens que vont les analyses de Léon Poliakov dans l'Histoire de l'antisémitisme(t2, p.467-468) , qui parle de faille qui se comble rapidement, à ce moment-là, entre l'imaginaire et le réel. Le même Poliakov cite lui aussi Je suis partout, qui consacre deux numéros aux "Juifs" et qui fait de Céline son "prophète": "Nous le récitons, nous le clamons, nous en avons fait notre nouveau Baruch".Céline, quant à lui, a bien pris au sérieux les "fascistes français"; les Cahiers de l'Herne citent un texte de Céline, du 21 novembre 1941, dans " L'Emancipation nationale", qui dénonce le retour des Juifs- "v'la le ghetto-Bourbon"- et qui déclare ouvertement son soutien à Doriot et à la LVF: " Doriot s'est comporté comme il l'a toujours fait, c'est un homme(...)Cette légion si calomniée, si critiquée, c'est la preuve de la vie".(Cahiers de l'Herne, t2, 1965, p.331-332).
Voilà quelques indications sur le caractère réel de l'antisémitisme célinien, n'en déplaise à ceux qui veulent encore n'y voir que "fantaisie littéraire".
Il y aurait beaucoup à dire à propos de Heidegger et du choix que vous avez fait, lui aussi avec une "naïveté" pour le moins étonnante. Je développerai une autre fois. Mais deux remarques: si on peut discuter la thèse d'Emmanuel Faye qui veut voir dans Etre et temps une anticipation du nazisme d'Heidegger" - ce qui implique par exemple que la diffusion de la pensée d'Heidegger par Levinas ferait de ce dernier un diffuseur de la pensée nazie en France, lecture dont on voit les conséquences absurdes - tenter de faire, à nouveau, d'Heidegger un anti-nazi est tout aussi absurde. Vous confondez le fait que l'adhésion au nazisme ait pu être faite depuis des horizons de pensée différents, voire partiellement conflictuels, ce qui a provoqué des conflits internes au champ politique nazi lui-même, avec le fait d'une critique du nazisme. Le fait qu'Heidegger ait été écarté à partir de 1935, et qu'il prenne ses distances avec certains courants du nazisme ne signifie pas qu'il n'adhérait pas au nazisme, en tant qu'incarnation du Peuple allemand. Je vous rappelerai qu'à ce titre, pour prendre une comparaison politique, les SA qui sont exécutés par Hitler en 1934, et qui ont critiqué son renoncement à l'anticapitalisme n'en deviennent pas pour autant des anti-nazis! Et la publication des Oeuvres complètes confirme précisément l'adhésion de Heidegger à ce moment-là.
Autrement dit, soyez lucides, et ne reproduisez pas les réflexes de défense aveugle du "maître", tels qu'ils ont pu être pratiqués par Jean Bauffret, dont l'antisémitisme a été hélas, avéré, à propos d'Emmanuel Levinas par exemple(cf Christophe Bident, Maurice Blanchot partenaire invisible, chapitre "Entre deux formes de l'inavouable. L'affaire Beauffret", p.463-468)
Cordialement
Olivier Le Trocquer
merci de votre intérêt pour nos publications. Vous avez parfaitement raison de remarquer qu'Hannah Arendt ne lave pas Céline d'antisémitisme. La citation d'ouverture est parfaitement claire. Cependant lorsqu'elle écrit à propos de la réception de Bagatelles pour un massacre que "cette réaction était due à l’aversion pour le philosémitisme des libéraux, bien plus qu’à la haine des Juifs", elle relativise l'image de l'antisémitisme à l'époque, et cela suffit pour jeter un doute sur les intentions de Céline : encourager le massacre ou "épater le bourgeois" comme elle dit ? Que le problème soit diificile à résoudre, tant les propos de Céline sont écoeurants de bêtise, au point qu'on peut légitimement se demander s'il ne le fait pas exprès, cela va sans dire. Il convenait juste de rappeler que problème il y avait, contre les simplifications de l'histoire. Il ne s'agissait pas ici de défendre une thèse, mais d'en relativiser une autre.
A propos de Heidegger je dois vous contredire : son attitude de résistance au régime nazi (totalitaire !!!) est avérée par tous les témoignages d'étudiants. voir Heidegger contre le nazisme Comparer cette attitude exemplaire (selon les propres mots de Patocka) aux manoeuvres des SA en 34 comme vous le faites est un raccourci pour le moins déconcertant. Quel rapport entre un membre de la secte nazie en conflit avec d'autres membres de cette même secte et un recteur d'université abusé comme tant d'autres par la façade respectable (nationaliste et socialiste) du parti? Merci d'éclairer les pauvres naïfs que nous sommes. Qu'appelez vous différents horizons du nazisme? Le simple fait de relativiser l'image du nazisme en 33-34 n'invite-t-il pas justement à se poser des questions sur les raisons de l'adhésion des allemands au parti, raisons qui n'avaient évidemment rien à voir avec l'antisémitisme et l'expansionnisme?
De plus, contrairement à ce que vous insinuez, Heidegger n'a pas été "écarté à partir de 1935", mais a de lui-même démissionné dès 34 après avoir tenté de résister à ce que vous appelez "certains courants du nazisme", autrement dit au nazisme proprement dit : expansionniste, antisémite, raciste et biologiste. Voir Heidegger contre le racisme par F.Fédier.
Les articles de ce site ont été publiés justement pour rétablir la vérité historique, par devoir de "vigilance" comme vous dites face aux récupérations odieuses de l'histoire du XXe siècle dans des querelles universitaires. Pour être francs, nous aurions préféré que des historiens de profession le fasse à notre place... Où était le "Comité de Vigilance face aux Usages de L'Histoire" lorsque Faye falsifiait outrageusement celle-ci pour ses querelles de chapelle? voir L'affaire Heidegger close selon la revue "Esprit"
A propos de J.Beaufret, je vous indique que l'épisode dont vous parlez est une pure et simple calomnie, comme il en existe beaucoup en circulation, et que vous semblez cautionner ici. Or Beaufret n'a cessé de démentir cette rumeur et en a beaucoup souffert. Merci de rectifier vos fiches à ce sujet. A propos de l'homme et de son caractère irréprochable, voir Beaufret et le négationniste Faurisson (par F.Fédier)
Ceci étant dit, nous sommes prêts à modifier le texte de nos articles en fonction de vos remarques - comme de celles de n'importe quel autre visiteur, ce que nous avons déjà fait.
bien à vous
jp
Je vous laisse sur cette charmante citation de Bagatelle (reprise sous une autre forme par Alain Soral dans un célèbre entretien télévisé). La citation de Gide qui prend le bouquin à la rigolade est toujours ressortie par des céliniens empressés mais si vous vous renseignez un peu plus vous verrez qu'à l'époque beaucoup n'ont pas trouvé ça drôle du tout:
"Ceux qui les ont un peu pendus ils devaient bien avoir des raisons… On avait dû les mettre en garde ces youtres ! User, lasser bien des patiences… ça vient pas tout seul un pogrom !… C'est un grand succès dans son genre un pogrom, une éclosion de quelque chose… C'est pas bien humainement croyable que les autres ils soient tous uniquement fumiers… Ça serait trop joli." (pp 74 et 75, éd. 1001 nuits)
Quant aux Beaux draps et autres pamphlets, nous les avons nous mêmes mis en ligne.